REBELLION
OU COLONISATION DU TERRITOIRE IVOIRIEN : QUI EST NOTRE
ENNEMI ?
Mamadou KOULIBALY Secrétaire
Général Adjoint du Front Populaire
Ivoirien
Abidjan
novembre 2002
1
- LA REBELLION EST BIEN ARMEE ET SYMPATHIQUE
DIT-ON
Depuis
le 19 Septembre 2002, la Côte d’Ivoire se trouve obligée d’affronter une
rébellion armée, violente, meurtrière et lâche. En hommes comme en
matériel de guerre cette rébellion est bien dotée. Des troupes entraînées
au Burkina Faso entre autres, animées par des déserteurs de l’armée
ivoirienne mis en déroute par leur chef le Général Robert GUEI en 2000 sont coalisés contre
l’Etat ivoirien. Cette attaque rebelle a révélé aux ivoiriens les
faiblesses de leur pays et leur propre vulnérabilité. Ils ont été
humiliés. Prétendu pays phare de la sous-region, pays moteur de l’UEMOA,
pays leader en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire n’a pas été capable de
faire face à une attaque surprise et brutale, tous s’en étonnent.
Cependant la diplomatie aujourd’hui tend à donner en définitive raison à
la Côte d’Ivoire : Elle a été trahie. La campagne de propagande
orchestrée autour des rebelles avec l’appui des grandes agences de
communication et de la presse internationale a laissé accroire que les
rebelles étaient de véritable « Robin des Bois » Ils sont
sympathiques. Ils ne tuent point, ils ne volent pas, ni violent personne.
Ils payent cash en billets de banque flambant neufs. Ils peuvent même se
prévaloir d’avoir des amis haut placés dans la machine de l’Etat, dans les
partis politiques d’opposition, dans la classe politique française,
européenne et mondiale. Les rebelles ivoiriens sont forts et bien
organisés.
Quelle
est belle la guerre en Côte d’Ivoire ! se sont écriées certaines
personnes ? L’organisation était impeccable. Les hommes à tuer ont été
sélectionnés et exécutés lâchement. Les zones à assiéger ont été bien
cadrées. Les soldats, les mercenaires armées comme ceux de la presse ont
été recrutés et l’opération a été déclenchée avec d’énormes moyens
financiers. Seuls semblent avoir échappé aux rebelles la capacité de
résistance de l’Etat de Côte d’Ivoire. Cette résistance avait besoin de
temps. Les rebelles n’avaient pas de temps. Toutefois une question vient à
l’esprit. Pourquoi les rebelles ont-ils reçu un tel accueil dans l’opinion
internationale ? Pourquoi les observateurs et des analystes ont-ils,
à un moment donné, souhaité la chute du régime ivoirien ? Que
reproche t-on de si grave au FPI au pouvoir, au point de ne plus se
contenter d’attendre les élections libres et démocratiques de 2005 et de
vouloir, en violation de la Constitution et de la volonté de la Nation,
renverser le régime ?
Pour
répondre à toutes ces questions il nous faut identifier les principaux
reproches qui sont adressés aux ivoiriens et de leur porter réponse.
Ces
reproches sont de plusieurs ordres : Certains sont juridiques,
d’autres politiques mais une coalition multiforme regroupant tous ces
mécontentements a trouvé des financements pour commettre des crimes contre
l’Etat de Côte d’Ivoire. Cette coalition regroupe ceux qui reprochent au
régime ivoirien d’être promoteur et adepte de l’idéologie de l’ivoirité.
Il y a aussi dans ce groupe ceux qui ne veulent pas de la constitution, du
code de la nationalité, du code foncier rural, de la loi sur
l’identification. Après avoir parcouru ces reproches et les avoir analysé
nous pourrons alors nous poser la question de leur financement. Quoi qu’il
en soit les ivoiriens se sentent humiliés et trahis. Dans l’avenir plus
rien ne sera comme avant. Le programme de la refondation était parti d’une
hypothèse qui hélas vient de se révéler non pertinente. Les refondateurs
ont pensé que la paix qui a été prônée depuis quarante ans était un acquis
et qu’il ne restait qu’a refonder la Nation. Or la rébellion nous prouve
qu’une Nation ne peut se construire si la sécurité n’est pas garantie. La
sécurité économique est nécessaire à la démocratie. La sécurité intérieure
et extérieure est nécessaire à la construction nationale. Comme le disait
Gbagbo Laurent, notre erreur a été de croire qu’il fallait refonder notre
Nation. En réalité c’est maintenant que nous devons fonder la Nation
ivoirienne. Le sang qui est versé en est le prix. La rébellion armée nous
renvoi ainsi aux fondations de la nation ivoirienne. Une belle leçon pour
nous devant notre histoire. |
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2 -
LE REGIME IVOIRIEN ET L’IVOIRITE
Les
rebelles, leur branche politique et leurs alliés reprochent au FPI d’être
l’animateur d’un régime qui est endoctriné par l’ivoirité. Que vaut un tel
reproche ?
A
écouter les accusateurs, l’ivoirité serait un élément de la philosophie
politique du FPI et que celui-ci l’appliquerait en tant que parti au
pouvoir. Cette accusation est fondée sur deux présupposés qu’il faut
distinguer. D’abord il est supposé que le FPI gère tout seul le pouvoir et
peut donc faire tout ce qu’il veut. Ensuite il est admis que le FPI est
« ivoiritaire » comme en l’entend souvent.
Ces
deux présupposés méritent d’être analysés et durement chauffés pour savoir
si oui ou non ils son recevables.
A) Le FPI gère t-il tout seul le
pouvoir alors qu’il est un parti minoritaire ?
Pour le
moment acceptons l’idée du parti minoritaire pour ne pas compliquer
l’analyse. Il reste que le FPI gérerait seul le pouvoir. Regardons les
faits.
Le
pouvoir politique aujourd’hui est reparti en plusieurs niveaux. Le pouvoir
Présidentiel, le Législatif, le Municipal et le Départemental. Y a t-il, au regard de l’attribution
de ces pouvoirs par le peuple de Côte d’Ivoire, un pouvoir exclusivement
détenu par le FPI ? A chaque fois le peuple s’est exprimé par les
urnes, les résultats permettent de constater que le FPI est certes au
pouvoir mais qu’il ne détient pas l’exclusivité du pouvoir.
Le FPI
est au pouvoir parce que les présidentielles ont été remportées par Gbagbo
Laurent, son candidat aux élections d’Octobre 2000 par 58,80% des
suffrages exprimés contre 28,66 pour le Général Robert Guei son adversaire
principal. L’absence de candidats du PDCI et du RDR n’a cependant pas
empêché certains de leurs militants de voter pour le candidat du FPI dans
le but de mettre fin à la transition militaire et d’engager la
refondation. Cependant, les statistiques des élections législatives
révèlent que le FPI n’obtient pas la majorité absolue au parlement bien au
contraire il obtient 96 Députés là où le PDCI s’en tire avec 98 sièges.
Dès lors au parlement le FPI ne peut se prévaloir de faire adopter toutes
les lois qu’il pourrait désirer. Il est obligé de négocier avec
l’opposition qui réuni trois groupes parlementaires qui sont :
Solidarité
(10 Députés), UDPCI (13 Députés), PDCI (98 députés), pour le FPI qui a 96
députés, et quand on sait que les lois organiques doivent être votées par
au moins 2/3 des voix des
députés siégeant c’est à dire au moins 141 députés. On imagine là comment
il peut prétendre détenir la totalité du pouvoir. Malgré le mot d’ordre de
boycott du RDR, 5 députés
sont sortis de ses rangs parmi ceux de ses candidats qui ont bravé la
Direction.
Aux
municipales le RDR remporte 64 communes, là où le FPI n’en aura que 33 et
le PDCI 59 et les indépendants 38. D’ailleurs ces municipales montrent que
le FPI a perdu certains de ses bastions tels que Gagnoa, Daloa,
yakasse-Attobrou, et parfois, cela en faveur du RDR. Il convient cependant
de retenir que ce parti n’est en rien majoritaire au sens où il n’a que 64
communes sur 157 soit 40%. Il reste quand même 60% des communes détenues
par l’opposition au RDR. Le FPI n’a donc pas là aussi un règne absolu sur
les communes.
Les
dernières élections, celles qui ont porté sur le choix des conseillers
généraux, ont enregistré l’entrée en compétition de tous les partis
politiques. Au décompte final si l’on ne regarde que la présidence des
conseils généraux, et en ne supposant que les présidents peuvent décider
tous seuls à faire ce qui bon leur semble (ce que la loi ne dit d’ailleurs
pas), le FPI s’en tire avec 22 Départements, le PDCI 18 et le RDR 10. Ici
aussi le FPI aura 22 Départements sur 58 soit environ 37%. Il reste encore
63% des départements non directement gérés par le FPI.
Dès
lors, l’idée selon laquelle le pouvoir serait détenu exclusivement par le
FPI est erronée. Le FPI est au pouvoir mais ce parti n’a pas l’exclusivité
du Pouvoir. Le pouvoir est partagé entre les différents partis politiques
qui par le mode des scrutins se trouvent dans différents conseils en
gouvernants et opposants pour se parler et gérer les affaires publiques du
pays. Telle semblait être la formule de la réconciliation nationale
adoptée par le peuple de Côte d’Ivoire. Dans le contexte ivoirien dire que
le pouvoir est exclusivement détenu par le FPI, c’est refuser d’admettre
que le pouvoir politique n’a jamais été aussi bien « partagé »
en CI que depuis l’accession du président du FPI à la magistrature
suprême. C’est confondre le pouvoir politique, dans son entièreté au
pouvoir présidentiel. C’est méconnaître la nature démocratique du régime
ivoirien. |
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B) Le FPI exploite t-il le fond
doctrinal de l’ivoirité ?
Telle
semble être la critique de fond que de nombreux observateurs adressent au
FPI et à Laurent Gbagbo. Certains vont même jusqu’à soutenir que
l’ivoirité est inscrite dans la constitution sans qu’ils ne soient
capables eux-mêmes de définir ce qu’est l’ivoirité. L’ignorance en la
matière a été la règle et la propagande ces deux dernières années n’ont
pas laissé la place à la réflexion sérieuse sur les relations entre la
philosophie politique du FPI et l’ivoirité d’une part et entre l’ivoirité et la
constitution d’autre part. Seule la première question sera abordée ici, la
seconde étant laissée pour plus tard lorsque nous discuterons des
reproches adressés à la Constitution. L’analyse de cette première relation
nous conduira à admettre que le FPI non seulement n’est en rien
responsable de la création et de la dynamique de l’ivoirité mais qu’en
outre, il est le seul parti qui peut proclamer avoir été la principale
victime de l’ivoirité. Victime d’une fausse accusation. Victime d’un
tribalisme des défenseurs de l’ivoirité. L’ivoirité en tant que pratique
est née avant l’ivoirité en tant que concept.
Il faut
donc distinguer deux moments différents de notre histoire qui fondent
l’ivoirité. Il y a le moment de l’ivoirité technocratique et celui de
l’ivoirité tribaliste. Le premier ayant semé la graine, le second a
labouré le sol pour servir au premier, ironie de l’histoire, les motifs
d’une rébellion ivoiritaire et tribaliste. Qu’est ce donc à
dire ?
1 –
L’ivoirité technocratique
L’ivoirité
en tant que pratique a été introduit en Côte d’Ivoire en provenance de l’esprit d’un
technocrate qui en 1990, après avoir été nommé Premier Ministre, n’a rien
trouvé d’autre pour résoudre les problèmes des finances publiques que
l’instauration de la carte de séjour.
En
effet, en Côte d’Ivoire en 1989, Houphouët vieillissant, conspué par la
foule pour mauvaise gestion, accusé par les bailleurs de fonds pour surendettement, avait à faire
face à une masse salariale trop élevée pour le budget de l’Etat. Le
Ministre de l’Economie et des Finances d’alors proposait pour la
résolution de cette crise financière la réduction de 15 à 45% des
rémunérations des travailleurs ivoiriens. La rue refusa malgré
l’insistance de Houphouët Boigny. C’est alors qu’en 1990 Ouattara
Allassane devient Président d’un Comité Interministriel chargé de
concevoir un programme de gestion de cette période. Par la suite il fut
nommé Premier Ministre. C’est aussi en 1990 que Ouattara Allassane
appliqua pour la première fois l’ivoirité en Côte d’Ivoire. Dans son
programme de redressement économique qu’il proposa au parlement d’alors,
qui l’adopta sans débats, une stratégie qui consistait, dans la pure
tradition des Programmes d’Ajustement Structurels (P.A.S) à stabiliser
d’abord l’économie puis à la relancer ensuite.
La
stabilisation consistait pour lui, en une centaine de jours, à maîtriser
les finances publiques par une réduction drastique des dépenses de l’Etat
accompagnée par un accroissement des ressources. La seconde phase, celle
de la relance de l’activité devait permettre à Ouattara en bon
technocrate, en dix huit mois, d’engager des privatisations d’entreprises
publiques. Si dans le processus de privatisation le Premier Ministre
Ouattara s’est arrangé pour acheter une partie de ce qu’il vendait, dans
la stabilisation il a innové.
Ouattara
expliqua alors, à l’époque, qu’il y avait trop d’étrangers indésirables en
Côte d’Ivoire. Le recensement général de la population de 1988 donnait
officiellement une population étrangère de 3 039 037 personnes sur un
effectif total de 10 815 694, soit 28 %. Pour Ouattara, à l’époque Premier
Ministre, il était inadmissible qu’il y ait autant d’étrangers qui dans
notre pays profitent de biens et services publics sans débourser de
contribution spécifique. Les routes, les ponts, les écoles, les centres de
santé et autres services publics mis à la disposition des ivoiriens
l’étaient aussi pour les étrangers sans que l’appartenance nationale ou
non ne joue. Allassane Dramane Ouattara trouvait cela anormal. Sa vision
technocratique de la question supposait qu’en faisant payer à chaque
ressortissant étranger vivant en Côte d’Ivoire une taxe de séjour, vu le
nombre d’étranger, il pourrait collecter des ressources qui auraient évité
alors les réductions de salaires, qui ont failli emporter le régime de
Houphouët Boigny. La taxe de séjour imaginée par ADO distinguait ainsi
pour la première fois les étrangers vivant en Côte d’Ivoire des nationaux.
Et parmi les étrangers la distinction était claire entre ceux venant de
l’UEMOA et ceux venant de la CEDEAO. Ces deux premières catégories se
distinguaient de celles des africains non-CEDEAO et des ressortissants de
reste du monde non africain.
Chaque
étranger devait être distingué de l’ivoirien. Cette distinction était soumise à une taxation adossée à
la carte de séjour que Ouattara imposa aux étrangers vivant en Côte
d’Ivoire. L’ivoirité technocratique, fondée sur une grossière arithmétique
financière venait de créer un choc dans un environnement que les étrangers
vivant en Côte d’Ivoire vont subir assez durement. Surtout l’on était
relativement proche de la période électorale.
Il faut
à ce stade de l’argumentation se rappeler que cette période de 1989/90
devait dans l’histoire de la Côte d’Ivoire voir se dérouler des élections
multipartisanes. La rue qui s’était élevée contre la réduction des
salaires demandait aussi des comptes aux gouvernants et exprimait son
aspiration à la démocratie libérale multipartisane. Le mur de Berlin
venait de chuter. Le vent de l’est soufflait sur la Côte d’Ivoire. Les
revendications démocratiques vont ainsi conduire au retour du
multipartisme en Côte d’Ivoire. Dans un tel contexte les pratiques du
parti unique qui, jusqu’alors,
consistaient pour Houphouët Boigny et le PDCI à désigner les
députés et les maires comme s’il s’agissait de ministres devaient cesser. Plusieurs partis
politiques plus ou moins importants firent alors leur apparition
sur-le-champ politique sortant ainsi de la clandestinité. Dès lors, les
élections qui habituellement n’étaient que plébiscites reprenaient leurs
enjeux réels. Les électeurs exigeaient alors qu’il y ait plus de
transparence. Cette exigence signifiait que l’on mette de l’ordre dans le
fichier électoral et que la liste des électeurs soit révisée et apurée. Le
principe étant alors que ne pouvaient voter que les Ivoiriens à
l’exclusion de toutes les autres nationalités.
La Côte
d’Ivoire allait mettre fin à quarante années de pratique du parti unique.
Pratique dans laquelle tous les résidents en Côte d’Ivoire pouvaient voter
sans aucune restriction.
Brusquement,
avec le multipartisme, il est demandé aux étrangers de s’abstenir de
participer aux votes. Ce fut un choc sans pareil pour les étrangers vivant
en Côte d’Ivoire. Le scandale des scandales. L’on attendait alors dire
qu’il y avait en Côte d’Ivoire une politique d’exclusion politique des
étrangers qui depuis toujours avaient voté pour la désignation du
Président de la République, des députés et des maires. Cette pratique du
parti unique avait fini par être considéré par les étrangers vivant en
Côte d’Ivoire comme un droit à la citoyenneté. Nombreux parmi eux,
jusqu’aujourd’hui, ne veulent rient admettre d’autre. Seuls les Européens
s’abstenaient de voter à l’époque. Les Africains se voyaient délivrer
d’ailleurs de fausses cartes d’identité par ADO en vue d’assurer le
plébiscite de Houphouët Boigny très affaibli. par la crise et par la
maladie.
Dans ce
contexte, la carte de séjour était perçue comme une injure aux étrangers
auxquels ADO demandait par ailleurs de servir de « bétail
électoral » pour le PDCI dont lui même était le second personnage
après Houphouët Boigny et avant Bédié. C’est ainsi, qu’une fois la loi sur
la carte de séjour votée, les policiers et les forces de l’ordre qui
traditionnellement se contentaient de racketter et de harceler les
automobilistes,
découvraient un « nouveau produit de racketting :
L’étranger.
C’est
ainsi, qu’à partir de cette conception de l’ivoirité, que les forces de
l’ordre ont officiellement ouvert la chasse à l’étranger pour encaisser
directement la taxe de séjour. Non seulement ADO n’a pas obtenu les
recettes prévues, non seulement il n’a pas eu de programme avec le FMI et
la Banque Mondiale mais en outre il venait de semer la graine de la
discorde entre les ivoiriens et les étrangers dans une ambiance de
multipartisme en apprentissage. Alors que certains policiers étaient
envoyés pour saisir et retirer les fausses cartes d’identité distribuées
pour des raisons électorales aux étrangers, d’autres couraient violer les
lieux de cultes (mosquées et autres), faisaient le gué devant les
marchés, piégeaient les
passants dans les coins de rues, et les gares routières à la recherche de
l’étranger pour, soit lui faire payer la carte de séjour, soit le
racketter. L’étranger, c’était les burkinabés, les Maliens, les Guinéens,
les Ghanéens, les Béninois, les Nigériens, les Libériens, les Nigérians,
les Togolais, les Camerounais et autres. Le Ministre de l’intérieur à
l’époque s’appelait Lansana Palenfo (Général pushiste du CNSP de 1999 et
animateur militaire du MPCI, la rébellion actuelle, branche armée du RDR
)
Les
harcèlements des forces de l’ordre ont, à l’époque déjà, créé beaucoup
d’émotion dans les milieux musulmans dont la tenue vestimentaire est
semblable à celle des ressortissants des pays voisins comme le Mali, le
Burkina, la Guinée, le Niger et autres.
L’amalgame
entre musulmans ivoiriens et musulmans étrangers, entre Nordistes de la
Côte d’Ivoire et étranger date de cette époque. Les tracasseries
administratives et policières ne distinguaient pas entre un dioula de Côte
d’Ivoire et un dioula du Mali, du Burkina ou d’ailleurs. Un dioula était
un dioula et il ne s’agissait que d’un terme de ralliement de plusieurs
groupes ethniques du nord de la Côte d’Ivoire et de groupes ethniques
venus de l’étranger.
L’ivoirité
dans la version de Ouattara à été la principale source de scission de la
cohésion sociale en 1990. Les étrangers, pour éviter les tracasseries
liées à la carte de séjour vont se lancer dans la recherche des fausses
pièces d’identité. Ouattara pour contrer cette tendance à la fraude sur la
nationalité engagera avec les généraux Guéï et Palenfo la confection de
carte nationale d’identité infalsifiable. C’est dans cette ambiance que
Houphouët Boigny meurt et ouvre une guerre de succession sans pitié entre
ceux qu’il avait positionné pour défendre son régime déclinant. Sur
l’échiquier de la succession étaient en place trois civils et trois
militaires. Les colonels Guéi (Défense), Bombet (Intérieur), et Tanny
(Sécurité) qui étaient appuyés par trois civils dont Fologo (Secrétaire
Général PDCI), Bédié (Dauphin et Président de l’Assemblée Nationale) et
Ouattara (Premier Ministre). Très rapidement le jeu de la succession se
jouera entre trois équipes, celles de Bédié, de Ouattara et de Guéï.
Bédié,
constitutionnellement, prend le pouvoir non sans avoir essuyé les
velléités de Ouattara qui s’organise par la suite avec Guéi pour, six ans
plus tard, renverser Bédié en 1999. Puis Ouattara et Guéi se querellent
pendant la transition du CNPS
et les soldats proches du premier désertent l’armée pour se réfugier dans
le sanctuaire Burkinabé et tout cela avant l’arrivée du FPI au pouvoir en
2000. Les rebelles d’aujourd’hui, ceux du MPCI sont les avatars des
pushs manqués provoqués par l’ivoirité de Ouattara. Le FPI n’est donc pas
le bourreau mais la victime de l’ivoirité qu’il a combattu toujours.
Sous
l’ivoirité de Ouattara, c’est auprès du FPI que la communauté musulmane
trouvait refuge. Lorsque les forces de l’ordre agressaient les musulmans
sur les marchés, et dans les
mosquées c’est GBAGBO Laurent qui, le premier, s’interposait pour rappeler
à Ouattara et au PDCI les amalgames dangereux à éviter. Hélas ! A la
mort de Houphouët Boigny et avec l’accession de Bédié au pouvoir la graine
semée par Ouattara trouve un jardinier qui théorise sur l’ivoirité. La
Pratique du technocrate se renforce par une approche systématique et
conceptuelle. |
|
2 -
L’ivoirité tribaliste
L’exclusion
politique des étrangers des élections nationales n’est pas l’ivoirité même
si cela a créé un choc et a coïncidé avec la pratique de l’ivoirité
technocratique. Mais l’imposition d’une carte de séjour sur les étrangers
était la source de tracasseries explosives. Avec Bédié, des intellectuels
se mettent au service de la cause de l’ivoirité et théorisent là dessus.
L’ivoirité devient l’esprit du nouveau contrat social proposé par le président Bédié.
Historiens, philosophes, anthrologues, géographes, juristes, économistes,
écrivains et autres intellos se mettent au service de la cause qu’ils
présentent comme étant base d’études et théories de l’humanisme ivoirien
pour la synthèse culturelle. L’objectif pour ces intellectuels était alors
de trouver dans l’ivoirité un concept fédérateur des différences entre les
ethnies et tribus vivant, à l’origine, en Côte d’Ivoire. Les moyens seront
dégagés pour mettre en mouvement tout le corps social ivoirien autour du
thème, pour que, selon un des préfaciers, chacun s’en imprègne, s’en
convainque et en soit l’ardent défenseur. L’ivoirité en tant que concept
fédérateur était alors obligé
de définir ce qu’il fédère : les ethnies et les tribus vivant
en Côte d’Ivoire.
Plusieurs
questions se posent alors aux théoriciens de l’ivoirité qu’ils ont d’ailleurs beaucoup de mal à
traiter. Comment fédérer des tribus et ethnies d’un pays donné ?
Est-ce par agrégation ? Par sommation ? Certes la carte de
séjour et l’identité réglaient la question de l’étranger. Le technocrate
avait réussi mais il fallait maintenant entre ivoiriens savoir comment
fédérer. les ethnies et non les hommes. Au lieu de partir des citoyens,
des individus, les théoriciens choisissent comme unité fondamentale
l’ethnie, la tribu. Mais comment fédérer des Baoulés à des bétés, à des
yacoubas, à des abrons, à des attiés et abbey etc….etc
Devant
l’impossibilité épistémologique de fédérer des groupes ethniques,
l’ivoirité restera tribale. Elle choisit la solution tribaliste de
hiérarchiser les groupes ethniques.
Dans
cette conception Bédiéiste de l’ivoirité la démocratie ne peut être que
tribale avec des tribus aptes à gouverner et d’autres inaptes à la gestion
des affaires publiques. D’un côté il y a les tribus issues des royaumes
politiquement et socialement organisées et de l’autre des tribus
dépourvues de véritables structures d’encadrement politique. Les premières
laissent des traces dans l’histoire les secondes sont vite oubliées parce
que des populations n’y sont pas arrivées à pousser l’organisation sociale
jusqu’à la fondation de royaumes. Elles vivaient alors de chasse et de
cueillette. Ce type de clivage selon Bédié a pesé sur l’organisation du
pays après l’indépendance. Les tribus issues de royaumes auraient
développé le sens de la hiérarchie. Mais ailleurs « les gens ont du mal à admettre les hiérarchies
nouvelles y compris les hiérarchies démocratiques »( H K
Bédié :Les chemins de ma vie. P21) Pour cette seconde catégorie de
tribu, le chef est culturellement, soit le plus beau danseur du village,
soit le plus fort au combat. Le fait de soumettre et de conditionner les
hiérarchies démocratiques qui existent entre les individus dans les
conceptions modernes des Etats à des hiérarchies tribales et ethniques
selon les a- priori sur l’existence ou non d’origine royale donne à
l’ivoirité ses bases les plus nauséabondes.
Le
pouvoir d’Etat pourrait être réservé à des citoyens issus de groupes
ethniques ayant une origine royale. Ainsi, les Baoulés selon cette thèse
seraient originaires de l’Egypte pharaonique et auraient bousculé battu ou
rusé avec de nombreux peuples pour finir par s’installer là où ils sont
aujourd’hui. Ainsi Le pouvoir d’Etat ne se donne pas à des individus mais
à des groupes ethniques, de préférence à ceux qui peuvent comprendre les
hiérarchies démocratiques grâce aux origines royales de leurs tribus.
Cette propriété se trouverait en côte d’Ivoire, selon Bédié, chez les
peuples Akans et chez les nordistes. La politique se soumettrait ainsi à
l’ethnie et les ethnies seraient elles mêmes hiérarchisées ; avec au
sommet le groupe ethnique du Président. Cette version tribale de
l’ivoirité conjuguée à la mauvaise gestion, à la corruption, aux
détournements de fonds publics, conduit en 1999 à justifier un coup d’Etat
en Côte d’Ivoire contre Bédié. Les commanditaires étaient Ouattara et
Guéï.
Ici
aussi le FPI dont le candidat à la présidence de la république était un
Bété, issu d’un petit groupe ethnique comparé aux groupes ethniques dont
se réclament Bédié et Ouattara, malgré le choix de l’électorat dans la
transparence est considéré comme minoritaire. Lorsque les supporters de
Ouattara, ou ceux de Bédié prétendent que le FPI est minoritaire en Côte
d’Ivoire, ils veulent dire que les Bétés sont moins nombreux que les
dioulas et les Akans et donc n’ont pas la légitimité tribale de gouverner
la Côte d’Ivoire. L’ivoirité est ainsi à la base de la contestation
actuelle du régime. Mais contrairement à ce que l’on peut penser à priori,
le FPI n’en n’est en rien l’instigateur. Il en est la victime ;
simplement parce que les adeptes de l’ivoirité considèrent que tribalement
et culturellement, par ses origines (pas de royaumes) et par la taille de
son groupe ethnique d’origine, Gbagbo ne peut pas être président de la
république. Il est donc forcement un accident dans la succession de
Houphouët Boigny qui a commencé en 1990 et qui s’est achevé en 2000. Il
est tribalement minoritaire et politiquement illégitime car les Bétés
n’ont pas de royaume. Et la rébellion actuelle qui se veut nordiste,
dioula et musulman est philosophiquement inspirée par l’ivoirité
tribale.
Pour le
FPI, l’ivoirité est un concept qui ne mérite aucune attention sinon juste
pour le reconnaître et le
déconseiller aux démocrates, aux républicains, et aux patriotes ivoiriens
et étrangers pour qu’ils s’en méfient. Le FPI considère que pour la
construction de la nation ivoirienne la dynamique de la refondation a
besoin de faire la promotion de la Société de Droit et de l’Etat de droit.
Hélas !!! La rébellion
vient nous rappeler que la Côte d’Ivoire a de nombreux ennemies sur le
chemin de la refondation. Cette
fois c’est le droit que les ivoiriens se sont librement octroyé qui
est contesté par ceux qui se sont coalisés contre le projet de
construction d’une nation moderne par la voie de la liberté et de la
démocratie.
3 -
LA CONSTITUTION IVOIRIENNE EST INJUSTEMENT
DETESTEE
Au-delà
de la méprise sur les relations entre le FPI et l’ivoirité, la sympathie
que de nombreuses personnes vouent à la rébellion ivoirienne trouve une
explication dans l’idée que ces personnes se fonT de notre constitution.
Ils sont nombreux ceux qui, sans jamais avoir lu notre constitution
affirme qu’il s’y trouve inscrit l’ivoirité. Pour ce fait ces personnes
condamnent la constitution ivoirienne, la trouvent détestable et en
viennent même, de cœur avec les rebelles, à exiger une révision de la
constitution exactement comme le souhaite le RDR. Il s’agit ici aussi
d’une méprise regrettable dont nous payons tous aujourd’hui le prix. De
quoi s’agit t-il ?
La côte
d’Ivoire a souffert pendant plus de quarante ans des méfaits du parti
unique. La longévité au pouvoir du Président Houphouët Boigny a été l’une
des plus grosses faiblesses de la Côte d’Ivoire. Les erreurs de sa
politique sont restées étouffées et n’ont jamais été traitées à fond. Sa
succession impose aujourd’hui une rébellion armée. Après tout, Ouattara
comme Bédié et Guéï étaient chacun pour une raison qui lui est propre
successeur potentiel de Houphouet Boigny. La rébellion est ainsi un avatar
de l’houphouétisme.
Les
différentes constitutions ivoiriennes consacraient dans leur article 9 le
fait qu’une même personne pouvait rester au pouvoir tant qu’elle le
voulait. La constitution ne limitait pas le nombre de mandat par
Président. La nouvelle constitution, celle du 1er Août 2000, en
son article 35 brise ce tabou. Désormais le Président de la République
n’est rééligible qu’une seule fois. Après, il laisse la place à d’autres
potentiels candidats. La constitution exclue donc par ce fait qu’un homme
au pouvoir y reste toute sa vie. Or, il s’agit d’un désir que certaines
personnes peuvent avoir. La constitution demande leur exclusion après deux
mandats. De nombreux commentateurs trouvent cette disposition qui exclu
pourtant bien des gens, comme étant préférable aux anciennes qui ne
faisaient pas « très démocratiques »
Par
ailleurs, le dauphinat constitutionnel qui a caractérisé une bonne partie
de la carrière politique de Bédié cesse aussi avec la nouvelle
constitution. La première constitution de la Côte d’Ivoire, celle du 31
octobre 1960 n’avait pas de système de dauphinat. En cas de vacance de la
Présidence de la République « les fonctions
du Président de la République sont provisoirement exercées par une
personnalité choisie au sein de l’Assemblée Nationale par son Président.
Si la durée du mandat présidentiel restant à courir est égale ou
inférieure à 12 mois, il n’y a pas lieu à élection du Président de la
République » disait le
texte. Dans le cas contraire des élections ont lieu et le mandat du
Président élu expirait avec celui de l’Assemblée Nationale. Dans un cas
comme dans l’autre le Président désigné ou élu devenait de plein droit
Président de la République avec les rangs, pouvoirs et prérogatives.
C’était l’article 11.
C’est
en 1990 que l’article 11 change et inscrit le dauphinat de plein droit
pour la fin du mandat en cour. Après différentes révisions l’article 11
voit ses modalités se modifier mais le dauphinat demeure la constante. La
nouvelle constitution de 2000 supprime le dauphinat en exigeant, vaille
que vaille, de nouvelles élections au plus tard dans les quatre vingt dix
jours. Le Président élu commence un nouveau mandat. Pendant l’intérim, le
Président de l’Assemblée Nationale désigné par la constitution ne peut ni
nommer de Premier Ministre, ni mettre fin à leur fonction. Il ne peut ni
constituer de gouvernement ni y mettre fin. Il ne peut, en outre, pas
organiser de référendum ni prendre l’initiative de la révision de la
constitution.
La
nouvelle constitution fait appel ainsi appel au peuple. Le dauphinat est
désormais exclu de notre constitution. L’intérimaire bénéficie de pouvoirs
très restreints. Il n’a ni les pleins droits, ni le temps de s’installer.
De nombreux observateurs trouvent que ces nouvelles dispositions
constitutionnelles sont plus démocratiques que le dauphinat alors qu’elle
exclue de nombreuses attributions pour l’intérimaire. Mais personne ne
s’en offusque. Pour comprendre ce qui est reproché à la constitution, il
faut d’abord comprendre le code de la nationalité.
Notre
code de la nationalité est une loi qui date de Décembre 1961 et qui a par
la suite été révisé une fois en Décembre 1972. Ce code, fondé sur le droit
du sang, défini la voie d’accès à la nationalité ivoirienne. Soit la
personne concernée à l’un de ses parents ivoiriens, soit elle-même s’est
naturalisée, soit enfin elle s’est mariée à un ressortissant ivoirien. Ce
code n’est donc pas fermé à l’intégration dans la nationalité ivoirienne
de non ivoiriens à condition que ceux-ci le veuillent. Le code de la
nationalité est généreux. En outre toute personne bénéficiant de la
nationalité ivoirienne peut à tout moment y renoncer pour une autre
nationalité, et cela en toute liberté. La même personne peut aussi, à tout
moment, demander sa réintégration à la nationalité ivoirienne par le biais
d’un décret. C’est à cause de toutes les facilités octroyées par le code
de la nationalité que la constitution a verrouillé l’accès à la présidence
de la République pour quiconque renoncerait ne serait-ce qu’une seule fois
à sa nationalité. L’article 35 la constitution de 2000 fait obligation au
prétendant à la présidence de la république de n’avoir jamais renoncé à la
nationalité ivoirienne. On peut être ivoirien et ne pas être éligible à la
présidence de la république.
La
constitution de 2000 exclu ainsi, naturellement, toutes les personnes qui
ont déjà bénéficié de la double nationalité. Elles ne sont d’ailleurs pas
les seuls à être exclus. Tous les jeunes de moins de quarante ans sont
exclus de la compétition de façon arbitraire. Tous les vieux de plus de
soixante quinze ans sont aussi exclus de façon arbitraire. Cette
constitution exclue tous les Ivoiriens dont l’un des parents n’est pas
ivoirien d’origine. Voilà encore un autre choix arbitraire. Elle exclue de
la course tous les Ivoiriens naturalisés. Elle exclu tous les ivoiriens
n’ayant pas vécu au moins dix années en Côte d’Ivoire dont cinq de façon
continue, sauf pour les diplomates et les exilés politiques. Elle exclut
les malades et les personnes de mauvaise moralité. Que d’exclus dans cette
constitution ! et pourtant, c’est elle, qu’au référendum, tous les
partis politiques ont appelé à voter oui. 86% des suffrages exprimés ont
adopté le texte.
La
constitution ivoirienne est détestée parce qu’elle est la résultante d’un
coup d’Etat (celui de 1999) qui avait pour but de porter un certain homme
au pouvoir. Le coup une fois réussi, une transition de dix mois permet de
confectionner une constitution qui disqualifie, malheur de malheur cet
homme même s’il a appelé à voter « oui ». Du coup puisqu’il y a
un hic dans la stratégie initiale les partisans de cet homme, Ouattara
pour ne pas le nommer, estiment , pour marquer leur infortune que cette
constitution ne fait pas l’unanimité. Parce que l’unanimité c’est eux et
personne d’autre.
Et la
critique, oubliant que l’on n’a pas besoin de l’unanimité pour une
constitution, est allée en s’enflammant. La constitution exclue des
ivoiriens entend-on dire comme si cela était une découverte alors que le
peuple dans sa majorité a estimé qu’il devait, dans la phase actuelle de
notre histoire en être ainsi.
Il
s’agit d’un arbitraire démocratique et rien ne peut sauf, la mort de la
république, changer cet état des choses. La rébellion aujourd’hui, comme
le RDR depuis toujours, exige la révision de la constitution parce que ces
différentes exclusions seraient motivées par l’ivoirité alors qu’il n’en
est rien. Il s’agit uniquement de baliser les voies d’accession à la
présidence de la république. Mais il reste la question de savoir si les
rebelles obtiendront par la négociation ce que le RDR n’a pas obtenu par
les urnes, par la rue et par les différentes tentatives antidémocratiques
pour changer les institutions de la république. Ces différentes épreuves
ont l’avantage de conforter les Ivoiriens dans la foi en leur
constitution. Les différentes épreuves forgent ainsi progressivement un
sentiment national fort sans lequel il est impossible de bâtir une nation.
La rébellion a ceci de bénéfique qu’elle nous fait prendre conscience
qu’il y a, au-delà de nos groupes ethniques, une entité abstraite à
laquelle nous appartenons d’abord tous. Une grande nation est ainsi en
construction. Les Ivoiriens sont très nombreux à y croire désormais bien
que leur constitution soit
détestée eux y croient. Et c’est cela qui compte. Telle est la limite de
la liberté. Telle est la contrainte de la Démocratie. |
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4 -
LE CODE DE LA NATIONALITE DOIT ETRE VIOLE OU
REVISE
La
thèse de la violation ou de la révision du code de la nationalité revient
aussi très souvent dans les commentaires que nous entendons. Comment en
arrive t-on à cette conclusion ?
L’argumentaire
de ceux qui défendent cette thèse est présenté de façon très pernicieuse.
Ecoutons-les. Depuis vingt, trente ou quarante ans vivent ici en Côte
d’Ivoire de nombreux étrangers et leur descendance qui ne savent plus où
aller. Ces personnes depuis le temps qu’elles vivent ici ont perdu tout
contact avec leur pays d’origine sans pour autant avoir pris les soins de
se naturaliser en Côte d’Ivoire leur pays d’accueil.
Plusieurs
de ces personnes ont eu accès aux papiers d’identité ivoirienne soit en
falsifiant les pièces d’un des deux parents, soit en corrompant
l’administration pour obtenir de faux extraits d’état civil desquels les
autres faux papiers dérivent. Ces personnes, dont on dit qu’elles ont
toute leur vie ici et ne savent vraiment pas où aller, exigent d’être
intégrées, tous à la nationalité ivoirienne. Au lieu de procéder par
naturalisation elles ont préféré prendre les armes contre le code de
nationalité. Elles se rebellent contre les ivoiriens. Que répondre à ce
type d’arguments ?
D’abord
qu’il n’y a nulle part au monde de code qui disent que lorsque le
ressortissant d’un pays d’origine A décide d’aller s’installer dans un
pays B, après un certain nombre d’années dix, vingt ou trente ans, cette
personne perd automatiquement sa nationalité d’origine pour être
automatiquement versé dans la nationalité du pays d’accueil B. Bien au
contraire, dans le cas du pays A, si le code est fondé sur le droit du
sang, comme c’est le cas pour la plupart des pays dont les ressortissants
sont en grand nombre en Côte d’Ivoire, alors le ressortissant en question
peut vivre tant qu’il voudra à l’étranger il ne perdra jamais sa
nationalité d’origine. De surcroît, quel que soit le lieu où il sera, le
droit du sang de la nation à laquelle il appartient à pour conséquence que
toute sa progéniture aura la même nationalité que lui-même, sauf si elle
décidait de se naturaliser ou si elle se mariait à des ressortissants du
pays B. Alors, d’où vient-il que de nombreux burkinabé, maliens, guinéens,
nigériens, nigérians, sénégalais et autres qui refusent de se naturaliser
devraient être intégrés dans la nationalité ivoirienne par la force des
armes ?
Ces
personnes sont jusqu’à leur naturalisation régie par le code de
nationalité du pays d’origine de leurs parents. Ensuite, le fait pour ses
personnes de prendre les armes contre l’Etat ivoirien rend encore plus
difficile leur intégration, car pour de nombreuses personnes en Côte
d’Ivoire, la rébellion est doublée d’une tentative de conquête lancée sur
la Côte d’Ivoire par le Burkina faso, dont le Président prétend intervenir
pour défendre les intérêts de ses ressortissants vivant en Côte d’Ivoire.
Selon le Président et les différentes hautes autorités du Burkina, les
ressortissants burkinabé et autres étrangers seraient l’objet de
tracasseries de toutes sortes en côte d’Ivoire. Le Burkina officiellement
selon le recensement général de la population de 1998, avait 2.238.598
ressortissants en Côte d’Ivoire. A ce titre le burkinabé devient le second
groupe ethnique de la Côte
d’Ivoire juste après le groupe Akan 4.780.797. Malgré ce fait, une
question vient à l’esprit. Quelle politique les autorités burkinabés
mènent-elles pour mettre autant de monde en exil en Côte d’Ivoire ?
Pourquoi
le burkinabé qui ne venait en Côte d’Ivoire que pour des emplois
saisonniers est-il soudainement obligé de s’exiler ? Est-ce de la
déportation organisée par l’Etat burkinabé ? Est-ce le vote par les
pieds pour fuir une dictature sanguinaire locale, ou bien alors ne
s’agit-il que d’une technique d’envahissement de la Côte d’Ivoire par le
Burkina ? La rébellion que de nombreuses personnes regardent comme un
phénomène soudain n’est-elle pas l’excroissance d’un processus sournois de
conquête de la Côte d’Ivoire par les pays voisins dont les ressortissants
se battent aux côtés des rebelles ?
Si non comment comprendre que la
communauté internationale au lieu de blâmer les autorités burkinabés pour
leurs mauvaises politiques économiques et sociales qui provoquent la
migration et l’exil systématique , se soit ému que le gouvernement
ivoirien ait résisté à la tentative de coup d’Etat, soutenue, financée et
organisée par les autorités burkinabés, venus en appui au RDR de
Ouattara le fondateur pratique de l’ivoirité ? Par quelle hasard de
l’histoire le Président de Burkina faso se retrouve- t’il défenseur de
l’ivoirité des gens du Nord ? Comment une minorité jugée politique
par les urnes peut elle prendre les armes contre une majorité, sinon que
pour proclamer, que par l’ivoirité tribaliste elle se juge supérieure aux
autres groupes ethniques non organisés en parti politique ? Le RDR
manifeste encore une fois son tribalisme vis à vis des autres ivoiriens
qu’il juge comme etant culturellement inférieure. D’où vient il donc que
les militants du RDR nourrissent une telle haine pour la CI avec l’appui
d’un gouvernement voisin qui exige l’ivoirisation d’office de tous ses
ressortissants.
Tout se
passe comme si les voisins de la Côte d’Ivoire lui en voulaient mais
pourquoi donc ?
Les
populations étrangères en Côte d’Ivoire en 1998 dépassait les quatre
millions avec 47% en moyenne nées en Côte d’Ivoire. Les burkinabés
représentaient 56% de ces étrangers. Selon les départements où elles
vivent, ces populations étrangères constituent au moins 30% de la
population résidente pour Abidjan et Gagnoa et étaient proche des 45% pour
Aboisso et Abengourou. Les statistiques révèlent que dans l’agriculture
moderne 80% des salariés sont d’origines étrangères et 51% des
investissements sont réalisés par les étrangers, ce qui permet aux
étrangers de réaliser 52% de la production du secteur primaire soit 15% du
PIB de la Côte d’Ivoire. Mais il ne s’agit nullement d’esclaves.
Dans le
secteur secondaire 24% environ des emplois sont occupés par les étrangers
tandis que dans le tertiaire la part des étrangers est de 46% environ. Le
commerce est contrôlé à 95% par les étrangers. A l’analyse on s’aperçoit
que les étrangers ont un taux d’emplois très supérieur à la moyenne
nationale. La Côte d’Ivoire ne peut donc pas, quand on est de bonne foi,
être taxée de xénophobe. La nationalité s’obtient aussi facilement que
l’emploi mais il faut en faire la demande. Ce n’est pas par la guerre que
les deux millions de burkinabés deviendraient des ivoiriens. Le
gouvernement burkinabé se trompe et met en péril l’existence même de tous
ces ressortissants dont
certains n’ont pas
hésité à prendre les armes contre le pays qui les a reçus au moment
ou le Burkina, le Mali, la Guinée et autre les chassaient sans différentes
dictatures civiles ou militaires des années 60, 70 et 80 et 90.
Enfin,
la situation des Burkinabés en
Côte d’Ivoire est présentée comme s’il s’agissait d’esclaves
contraints au travail forcé. Les autorités burkinabés présentent la
situation de leurs ressortissants en Côte d’Ivoire comme si ces derniers
avaient été envoyés par elle en mission en Côte d’Ivoire. Or il n’en est
rien. Les départs sont indépendants du gouvernement burkinabé qui très
certainement a quelque part intérêt à encourager ces mouvements
migratoires d’exil ou de conquête sur la Côte d’Ivoire.
Il est
vrai que le PIB de la
Côte d’Ivoire représente 40% du PIB de l’UEMOA en 2000 qui est pourtant
une année de faible performance pour l’économie ivoirienne. Dans le même
temps le PIB du Burkina ne représente que 9,5% environ avec 9,8% pour le
Mali et 18% environ pour le Sénégal. Dans l’UEMOA . Ce dynamisme de
l’économie ivoirienne attire le surplus de main-d’œuvre des pays voisins,
car plus de 45% des activités industriels de l’UEMOA se déroulent en Côte
d’Ivoire qui assure 40% des importations de l’Union et 53% des
exportations.
Les
ivoiriens par ailleurs n’ont jamais fermé l’emploi et protégé le marché du
travail. Les étrangers y sont plus souvent employés que les ivoiriens.
Ainsi par sa générosité sur l’immigration, l’emploi, et les revenus les
pays de l’UEMOA bénéficient de transferts nets de la Côte d’Ivoire de plus
de 375 milliards de FCFA en 2000. Et le principal bénéficiaire de ces
transferts est le Burkina 77 milliards soit 33%. Les populations
burkinabés vivent en Côte d’Ivoire et rapatrient, bon an mal an, dans leur
pays d’origine entre 60 et 100 milliards de FCFA. Comment est-il donc venu
à l’esprit du Burkina de participer à une agression terroriste contre la
Côte d’Ivoire malgré cette imbrication forte ? Pour répondre à
cette question il faut regarder les critiques formulées contre le code
foncier rural adopté en 1998 par la Côte d’Ivoire. La terre agricole,
ressource rare est au centre de nombreuses convoitises. |
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5 -
LE CODE FONCIER RURAL EXPROPRIE T’IL LES ETRANGERS ?
Le
problème foncier de la Côte d’Ivoire se pose avec acuité. Les burkinabés
en Côte d’Ivoire sont très souvent employés dans l’agriculture. Lorsque la
boucle du cacao était à l’Est de la Côte d’Ivoire les plus gros villages
burkinabés se rencontraient dans les régions d’Abengourou et Aboisso où
les étrangers dépassent les 40% de la population. La Côte d’Ivoire
économie encore agricole n’a pas modernisé son système foncier et
l’agriculture reste encore très extensive avec une pression démographique
très forte de 3,8% par an comme moyenne nationale. Après l’épuisement des
terres agricoles du sud-est, la boucle du cacao s’est déplacée vers
l’Ouest et la pression démographique s’est exercée sur le foncier rural en
absence de toute réglementation foncière moderne. La pression
démographique dans les régions forestières du Sud Ouest dépasse de très
loin la moyenne nationale pour se situer à plus de 8% par an.
La
pression sur le foncier conduit à des conflits de droit de propriété qui
restent sans issus, tellement la confusion règne entre les règles
coutumières et les pratiques de l’époque du parti unique ou la terre était
posée comme propriété de l’Etat alors que tous savaient qu’elle est plutôt
propriété des familles, dans les villages. En outre, une règle non écrite
pratiquée par Houphouët Boigny a été retenue comme principe au sens où la
terre était supposée être la propriété de celui qui la mettait en valeur.
Les nombreux étrangers qui ont eu le droit d’usage des sols ont, après
plusieurs années d’exploitation, estimé que les terres leur appartenaient
et sans se référer aux propriétaires coutumiers, plusieurs d’entre eux ont
même soit vendu des terres qui ne leur appartenaient pas, soit installé de
nouveaux arrivants (colons) du Burkina.
Les
conflits de droit d’usage et de propriété ont envenimé le sud est à tel
point qu’en 1998 l’Etat ivoirien s’est doté d’un code foncier. Selon ce
code la terre ne peut appartenir qu’à des ivoiriens mais tous les
étrangers qui le souhaitent pourraient passer des contrats avec les
propriétaires sur un marché foncier libre. Les étrangers déjà titulaires
de titres fonciers conservent leurs titres mais ne pourraient le vendre
qu’à des ivoiriens. La succession n’est possible que si les descendants de
l’étranger propriétaire soit naturalisé entre temps. Ici aussi la loi
laisse toutes les possibilités à condition que les étrangers respectent le
code foncier. Hélas, le Burkina en tête, il y a une contestation du code
foncier rural ivoirien par les pays voisins, au prétexte que leurs
ressortissants viendraient à être expropriés alors qu’ils n’ont d’ailleurs
aucuns titres foncier sinon, la loi ne leur poserait pas de problèmes.
N’est-ce pas une attitude curieuse ? Peut on exproprier quelqu’un qui
n’a jamais été propriétaire ?
Rappelons
qu’en 1998, le RDR soutenu aujourd’hui dans la rébellion par l’Etat
burkinabé, avait voté oui pour l’adoption de ce code foncier rural comme
d’ailleurs le PDCI et le FPI. Le désir de rester propriétaire du terroir
est vif dans toutes les régions de Côte d’Ivoire. Par quel retournement de
l’histoire, ici aussi, comme avec la carte de séjour et l’ivoirité le FPI
peut-il être accusé de vouloir exproprier les burkinabés installés en Côte
d’Ivoire, au point d’armer une rébellion meurtrière contre les
institutions de la république ? Non seulement Ouattara est à la base
de l’ivoirité mais en plus son parti le RDR n’a jamais contesté le code
foncier rural. Et même la convergence d’intérêt entre le RDR contestant le
code de la nationalité et la constitution et l’Etat burkinabé contestant le code de la
nationalité et le code foncier conduit à ce type de résultat. Le RDR,
parti pushiste, est ainsi en intelligence avec l’étranger pour conquérir
la Côte d’Ivoire. Mais au compte de qui ? La question demeure aussi
de savoir si par la rébellion le Burkina fera abroger le code de la
nationalité. Le RDR, comme le Burkina, ne souhaite donc pas ainsi qu’une
stratégie d’identification ait lieu, pour extraire les étrangers et les
détenteurs de faux papiers des fichiers d’état civil. D’où une autre
critique contre l’Etat ivoirien. Quelle machine extraordinaire de conquête
et de colonisation de la Côte d’Ivoire ! Les ivoiriens, hélas, mille
fois hélas, la démonterons.
6 - LA LOI SUR L’IDENTIFICATION
DES PERSONNES EST ELLE INIQUE
En Côte
d’Ivoire, la tradition a été de ne pas avoir de fichier d’Etat civil
clair. Plus de la moitié de la population ne dispose pas de papiers qu’il
aurait fallu, dans un Etat moderne, avoir pour appartenir à la nation.
Dans la
refondation la doctrine politique est l’économie sociale de marché. Cette
économie de marché pour être sociale doit être riche et pour être riche il
lui faut, non pas rechercher uniquement des revenus élevés, mais aussi et
surtout accroître le capital dans le pays. Le capital est une conséquence
des progrès que l’homme réalise chaque jour. Le capital ce n’est pas
l’argent ou le salaire que l’on a. Le développement des pays dépend avant
tout du capital par tête qui est à la source du produit par tête qui donne
à son tour le revenu par
tête. La Côte d’Ivoire qui doit sortir de la trappe à pauvreté à plus que
besoin d’élever le capital par tête dans tous les secteurs d’activité.
C’est la part du capital par tête qui pousse à la hausse la productivité
qui devient source de nouvelle production qui enrichi la nation.
Or en
Côte d’Ivoire, le potentiel énorme de notre pays et le dynamisme de la
population, reste encore des valeurs dormantes. Pour transformer ces
potentiels et ce dynamisme en source d’efficacité capable d’impulser plus
fortement le développement il faut en faire du capital. La transformation
commence le jour où chaque bien, chaque objet, commencent à avoir en
propriétaire. Le droit de la propriété est cette baguette magique qui
transforme les biens en capital. Ecoutons à ce sujet Hernando de Soto un
penseur peruvien dans « les mystères du capital », qui explique que c’est la protection des
droits de la propriété et donc leur définition précise qui est au
commencement du processus.
« En se développant, les régimes de propriété des
pays occidentaux ont donné naissance, imperceptiblement, à divers
mécanismes, qui se sont
graduellement réunis dans un processus qui a fabriqué du capital comme
jamais auparavant. Nous avons beau utiliser constamment ces mécanismes,
nous ne sommes pas conscients qu’ils servent à générer du capital car ils
ne sont étiquetés comme tels.
Ils nous apparaissent comme des parties du système de
protection de la propriété, non comme des mécanismes imbriqués destinés à
fixer le potentiel économique des biens afin que ceux-ci puissent être
convertis en capital. En d’autres termes, ce qui crée le capital en
occident est un processus implicite enfoui sous la complexité des régimes
de propriétés formels.
Cela peut paraître trop simple ou trop compliqué. Mais
demandons-nous s’il est possible d’utiliser de façon productive les biens
qui n’appartiendraient pas à quelque chose ou à quelqu’un. Où confirmer
l’existence de ces biens et les transactions destinées à les transformer
et à élever leur productivité, si ce n’est dans le contexte d’un régime de
propriété formel ? Où inscrire les caractéristiques économiques
notoires des biens si ce n’est dans le registre et les titres fournis par
un tel régime ? C’est la propriété formelle qui apporte le processus,
le formalisme et les règles de fixation des biens dans un état qui
permettra de les réaliser en tant que capital actif » L’auteur poursuit en expliquant des choses
d’une puissance indéniable « l’essentiel de la propriété formelle peut aisément
servir de garantie d’emprunt, d’apport lors d’un investissement, d’adresse
pour le recouvrement des dettes, intérêt et impôts, de résidence pour
l’identification des personnes à des fins commerciales, judiciaires ou
civiques, ou encore de point de branchement fiable pour le réseau public
d’électricité, d’eau, d’assainissement, de téléphone ou de télévision. Que
de bâtiments des pays développés servent d’abri ou de lieu de travail,
leur représentation mènent une vie parallèle, elles comportent diverses
fonctions supplémentaires servant à garantir les intérêts d’autres
partis » (P 38)
Ce
formalisme commence par identifier d’abord les hommes, les populations.
Savoir qui est qui ? Qui
vit où ? Qui a
quoi ? Qui sait faire
quoi ? Qui vient
d’où ? Qui va où ?
donne la clé d’accès au capital vivant.
Identifier
le potentiel de propriétaires et le potentiel des biens commence par la
description et l’organisation des activités de chacun. Ces informations
sont préservées dans un registre d’Etat civil et elles servent à donner de
la valeur au titre de propriété. Les biens eux aussi sont enregistrés de
même que les hommes. Le processus d’appropriation des biens par les hommes
devient un transformateur de valeur lorsqu’il est régi par une série de
règles juridiques précises et détaillées qui établissent des liens entre
les hommes au sujet de l’utilisation des biens. Recenser les populations,
les identifier et organiser toutes ces informations donnent à la
population et à l’Etat la capacité de contrôler la valeur potentielle des
biens et des hommes. L’identification, l’état civil sont à la base de la
propriété formelle et donc à celle de la naissance du capital.
L’identification assure la société qu’elle peut vivre en toute confiance.
Identifier les hommes, définir les droits de la propriété sur les biens,
relier les hommes et les biens fait naître le capital dans une
société donnée. C’est
pour cela que le code foncier rural est devenu une pièce maîtresse dans la
stratégie de modernisation de la Côte d’Ivoire. Qui est
propriétaire ? A t’il le droit de vendre le bien en question ?
Comment exclure l’autre de l’usage de ce qui ne lui appartient pas ?
Comment contracter avec l’autre ? Qui est l’autre ?
En vue
de moderniser l’Etat de Côte d’Ivoire, le régime s’est donné une loi sur
l’identification des personnes. Cette loi, par l’enregistrement de chaque
personnes vivant en Côte d’Ivoire, augmente par ailleurs le potentiel
d’information sur la sécurité des biens et des personnes. Les empreintes
digitales enregistrées et répertoriées amélioreraient les informations de
la police judiciaire et faciliteraient la chasse contre les criminels qui
ne respecteraient pas la loi ou leur contrat. Aucune économie moderne ne
peut se construire sans ce type d’informations utiles à la propriété et à
la sécurité garantes de la liberté démocratique. En Côte d’Ivoire, aucun
fichier de ce genre n’existe. Ni les hommes, ni les biens ne sont
identifiés et fichés.
La
criminalité a dépassé les limites inacceptables. L’économie informelle est
devenue à la fois la règle et l’adversaire le plus redoutable de
l’économie formelle. La refondation a décidé d’y mettre de l’ordre et cela
dérange à la fois le RDR et le Burkina.
Pour le
RDR le processus d’identification dévoilera aux yeux du monde que l’électorat de
ce parti est essentiellement constitué de ressortissants de pays voisins
qui parce qu’ils vivent en Côte d’Ivoire estiment qu’ils sont devenus
ivoiriens et doivent à ce titre être enregistrés. Chose que n’autorise ni
le code de la nationalité et la loi sur l’identification. Certes on peut
penser qu’il y a de nombreux ivoiriens militants et sympathisants du RDR
mais pourquoi sont-ils aller chercher du renfort au Burkina et à
l’étranger ? Quoi qu’il en soit, il est dit une chose. La carte
d’identité nationale pour les Ivoiriens et la carte de séjour pour les
étrangers. D’ailleurs à défaut de l’avoir abrogé, la loi sur
l’identification modifie et assouplit les conditions de l’identification
pour les étrangers vivant en Côte d’Ivoire. Le coût financier a baissé,
même s’il faut payer en une fois, tandis que la durée de validité a été
prolongée. Hélas !!! Le
RDR exige simplement que tous les étrangers vivant en Côte d’Ivoire soient
purement et simplement considérés comme des ivoiriens. Cela aussi dans le
but de faire arrêter de force le processus. La rébellion a de même pour
objectif de faire arrêter de force ce processus d’identification. L’Etat
Burkinabé préfère une Côte d’Ivoire pauvre et informelle alors que le
peuple burkinabé a intérêt que la Côte d’Ivoire soit mieux organisée et
prospère.
L’Etat
Burkinabé, dont la plupart des ressortissants vivants ici et qui
s’occupent dans l’agriculture, estime que le processus d’identification
qui permettra de classer toutes ces personnes comme étrangères à la nationalité ivoirienne les
exclurait automatiquement du schéma d’accession à la propriété foncière
rurale.
L’Etat
Burkinabé estime que la terre en Côte d’Ivoire doit être libre d’accès et
que ses ressortissants soient reconnus comme étant soit des ivoiriens
(puisqu’ils vivent ici depuis très longtemps déjà) soit propriétaires
fonciers (même s’ils n’ont aucun titres fonciers rural contrairement aux
européens et à d’autres africains). L’Etat Burkinabé participe à la
rébellion contre l’Etat ivoirien pour faire arrêter le processus
d’identification qui mettrait à jour la colonisation sournoise de la Côte
d’Ivoire pas le Burkina Faso. Le Burkina avait un intérêt réel de
déstabiliser la Côte d’Ivoire, le RDR aussi. Politiquement le Burkina Faso
utiliserait le RDR pour contrôler le pouvoir et donc la réglementation du
séjour, de l’identification et de l’appropriation de la terre. Allassane
Ouattara n’est qu’un instrument aux mains de Blaise Compaoré pour
atteindre l’objectif de la colonisation de la Côte d’Ivoire.
Après
les différents échecs électoraux du RDR, l’Etat du Burkina Faso s’est
investit dans l’œuvre du renversement violent du régime ivoirien. Peine
perdue. Il nous faut cependant nous expliquer avec le RDR et le Burkina.
Cependant, l’attaque organisée par les rebelles du RDR n’aurait pas été
aussi forte s’ils n’avaient pas eu des moyens financiers énormes. La
question demeure de savoir à part le chef de l’Etat burkinabé qui d’autre
avait intérêt à soutenir la rébellion en Côte d’Ivoire ? En attendant
d’y voir clair, ébauchons des hypothèses fortes.
7 -
LE FINANCEMENT DE LA REBELLION RESTE À ELUCIDER
Trois
différentes pistes sont aujourd’hui à suivre pour parvenir aux sources de
financement de la rébellion si l’on met de côté les bailleurs de fonds
traditionnels du RDR :
C’est-à-dire les militants, la direction et les donateurs divers.
Pour une opération de cette envergure la rébellion a bénéficié d’énormes
sources. A défaut de les désigner et de les accuser posons simplement la
question de savoir qui avait intérêt à ce qu’il survienne en Côte d’Ivoire
ce type de catastrophe et pourquoi maintenant.
En la
matière il y a ceux qui négocient des contrats de concession de services
publics et qui ne souhaitent pas « aller au marché » transparent, préférant le gré à
gré corrupteur, ceux qui avaient du cacao en stock et qui voulaient
profiter de la période de forte demande pour étrangler l’offre et dégager
des plus value extraordinaires et ceux qui pour des raisons religieuses
peuvent estimer que la rébellion est une occasion d’instauration d’un
régime islamiste en Côte d’Ivoire. Les intérêts ne sont pas les mêmes pour
ces trois groupes de personnes coalisés ; mais ils peuvent se
coaliser autour d’un même objectif. Ils ont probablement été
encouragés discrètement par
certaines classes politiques bien informées et bien renseignées en
général. Les recherches doivent continuer en la matière pour nous
permettre de comprendre ce qui s’est réellement passé.
8 - LA TRAHISON DE LA France SELON
L’OPINION
Ce
n’est pas la première fois que l’Etat français est pris en flagrant délit
de non-respect de ses engagements. Déjà à la fin des années 80, alors
qu’il était évident que des problèmes de moyens de paiements
internationaux se poseraient à la Côte d’Ivoire, la France au lieu de
faire jouer les accords de coopération monétaire a préféré se cacher
derrière une certaine doctrine Balladur, selon laquelle pour arriver au
Trésor Français il fallait d’abord passer par le FMI et la Banque Mondiale
à Washington. La France tuait ainsi De Gaulle pour ne pas avoir à
respecter ses engagements. Une dévaluation nominale du 100% du FCFA à eu
lieu avec des mesures d’accompagnement mal organisées. C’était en 1994. Et
l’on connaît la suite.
Cette
fois, en 2002 ce sont les accords de défense et de coopération militaire
qui sont mis à l’épreuve. Leur application surprend la France qui explique
qu’elle ne peut les appliquer par manque de preuves. Une fois les preuves
réunies elle s’aperçoit que les accords sont caducs. Cette attitude de
Paris a créé beaucoup d’émotions en Côte d’Ivoire et a ainsi alimenté un
fort sentiment anti français dans notre pays. L’avenir nous dira comment
gérer ces relations dans un nouveau partenariat, tenant compte de la
mondialisation, de notre pauvreté et de notre expérience actuelle.
9 -
CONCLUSION
Au
total, une grande coalition s’est organisée pour « rectifier »
la refondation ivoirienne. Elle n’a pas encore réussi mais on ne peut pas
dire qu’elle a échoué. Les pays voisins de la Côte d’Ivoire à la tête
desquels le Burkina se sont trompé sur la nature du conflit. Il ne s’agit
ni d’une guerre religieuse, ni d’une mutinerie, mais d’une rébellion armée
qui est doublée d’une volonté de conquête de notre pays par le Burkina
Faso.
Nous
devons désormais ne pas nous tromper de combat. Trop de gens ont intérêt à
ne pas voir la refondation réussir. Ceux qui ne veulent pas de la
constitution (le RDR), vont rencontrer ceux qui ne veulent pas du code de
la nationalité (le RDR et le Burkina Faso) et ceux qui ne veulent pas du
code foncier rural et de l’identification des personnes (le Burkina Faso
et le RDR). Cette coalition a eu l’appui de bailleurs de fonds qui ont
réussi à bloquer les réformes de la filière cacao et ceux désireux de
négocier hors marché les renouvellements de contrats de concession.
Cette
équipe a reçu l’appui de tous ceux qui ne supportent pas que l’on ait
découvert qu’ils avaient des comptabilités multiples fraudant impunément
avec le fisc ivoirien.
Cette
rébellion a quand même l’avantage de créer un sentiment national fort. Une
nation est née. Elle est un melting pot extraordinaire d’ivoiriens
d’origines comme d’ivoiriens d’adoption sans hiérarchie aucune entre eux.
Ils aiment leur pays. Elle naît aussi avec l’appui des amis de la Côte
d’Ivoire ici et dans les pays voisins et même plus loin. Aucun sentiment
anti étrangers n’est cependant né. Les Ivoiriens savent faire la
différence entre les rebelles et les autres. Entre les Etats voisins et
les populations de ces Etats.
Les
chefs d’Etat de la CEDEAO doivent accepter maintenant de poser des
questions claires à Blaise Compaoré sur les raisons de son désir de
coloniser la Côte d’Ivoire et pour le compte de qui il travaille. Car il
est à peine pensable qu’impuissant à faire face à la demande de prospérité
du peuple burkinabé, le Chef de l’Etat de ce pays en vienne brusquement à
se préoccuper de ceux qui ont fuit sa politique au Burkina.
Nous ne
savons pas encore tout ce qu’il nous faudrait savoir au sujet de cette
rébellion. Aujourd’hui la Côte d’Ivoire paye le prix de son ignorance. Si
arrachant le masque de la rébellion vous lui demandez : qui
es-tu ? elle vous répondra, je suis la haine de l’ordre que je ne
sais établir et dont je dépens si fortement, je hais ce que le peuple est
en train de bâtir alors que je le croyais incapable de quoi que ce soit,
c’est pourquoi je me nomme rébellion, c’est à dire colonisation et
rectification de la
refondation. |
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